La pression scolaire s’installe rarement d’un coup.
Au début, il y a souvent « juste » quelques questions :
« As-tu fait tes devoirs ? » « Tu as eu combien ? » « Tu pourrais mieux faire. »
Puis, sans qu’on comprenne bien comment, les soirées se tendent, les week-ends tournent autour de l’école, les devoirs deviennent un terrain miné.
Et un jour, certains parents me disent en consultation :
« On ne parle plus que de l’école, et tout le monde souffre. »
Dans cet article, inspiré de l’épisode 4 de mon podcast Le Problème à l’Envers, je partage trois histoires de familles et une grille de lecture issue de la thérapie systémique et stratégique :
- quand la pression scolaire devient une tentative de solution qui aggrave le problème,
- ce qui se cache derrière cette pression,
- et comment sortir du cercle vicieux sans sacrifier la relation.
Pression scolaire : quand la solution devient le problème
Quand la pression scolaire « fonctionne »… et quand elle dérape
Mettre la pression à son enfant pour qu’il travaille n’est pas en soi un problème.
Dans certaines familles, la pression scolaire fonctionne très bien :
- le parent pousse un peu,
- l’enfant travaille davantage,
- les résultats suivent,
- personne ne souffre vraiment de la situation.
Dans ce cas, la pression est une solution fonctionnelle : elle sert le but recherché.
Le problème apparaît quand :
- le parent est en épuisement parental, en stress ou en angoisse permanente,
- les soirées devoirs deviennent systématiquement conflictuelles,
- la relation parent-enfant se tend à chaque fois que le mot « école » est prononcé,
- l’enfant se braque, s’oppose ou décroche.
C’est là que la pression scolaire bascule : ce qui était une solution devient ce qu’on appelle en thérapie stratégique une tentative de solution dysfonctionnelle.
Autrement dit : une manière de résoudre le problème qui finit par l’aggraver.
Cas n°1 – Pression scolaire maximale : le collégien à 18/20 et la maman épuisée
Ce cas illustre à lui seul la logique de la pression scolaire poussée à l’extrême.
La situation :
- Un garçon en 5ᵉ
- 18/20 de moyenne générale
- Devoirs faits en 10–15 minutes, puis il va lire tranquillement
Pour beaucoup de parents, ce serait idyllique.
Pour sa maman, ce n’était pas assez.
Convaincue que le niveau du collège n’était pas suffisant, elle imaginait déjà le lycée et l’après-bac. Elle se sentait investie d’une mission : compenser ce que, selon elle, l’école ne faisait pas.
Elle lui imposait donc 1 à 3 heures de devoirs supplémentaires par jour, qu’elle préparait elle-même en recherchant des exercices.
Résultat :
- Le fils commence à refuser, à résister.
- La maman s’énerve, crie, tente de justifier ses choix : « C’est pour ton bien ».
- Elle finit parfois par punir.
- Le fils termine en pleurs.
- Elle-même finit en pleurs dans sa chambre.
- Le lendemain, tout recommence.
À force, elle se sent étouffée dans la relation, épuisée, sur les nerfs.
Elle craint que son fils ne l’aime plus, menace même son mari de le quitter tellement la situation est devenue invivable.
Pourtant… son mari lui répète déjà : « Lâche, arrête ».
Ce qui la retient : la peur derrière la pression scolaire
Si elle n’arrive pas à lâcher, ce n’est pas par entêtement.
C’est parce que derrière la pression scolaire, il y a la peur :
- peur que son fils échoue plus tard,
- peur qu’il ne « s’en sorte pas dans la vie »,
- peur qu’il ne tire pas parti de son potentiel.
Tant que cette peur est intacte, l’idée même de lâcher prise lui est insupportable.
Il fallait donc travailler sur cette peur avant de changer quoi que ce soit dans les devoirs.
Pression scolaire et peur parentale : le moteur caché
Derrière la pression scolaire, j’entends souvent les mêmes phrases :
- « Je ne veux pas qu’il rate sa vie. »
- « Avec le monde actuel, s’il n’a pas de diplôme, comment va-t-il s’en sortir ? »
- « Moi, je n’ai pas eu toutes ces chances, lui oui. Il n’a pas le droit de gâcher ça. »
On retrouve plusieurs peurs et enjeux :
- Peur de l’échec scolaire qui deviendrait un échec de vie.
- Peur de voir un potentiel gâché.
- Souvent, un fond de revanche sociale : « Je veux qu’il ait mieux que moi. »
Ce sont des peurs légitimes.
Et c’est précisément parce qu’elles sont légitimes qu’elles poussent les parents à en faire toujours un peu plus, jusqu’à se coincer dans le cercle vicieux.
Les comportements typiques qui aggravent la pression scolaire

La peur engendre des comportements très compréhensibles… mais souvent contre-productifs.
1. Le contrôle permanent
- Vérifier les devoirs systématiquement
- Surveiller les notes en temps réel via Pronote ou École Directe
- Scroller l’application plusieurs fois par jour
L’intention : être un parent impliqué, éviter les mauvaises surprises.
L’effet : l’enfant a le sentiment d’être sous surveillance constante.
2. Les punitions et menaces
« Si tu ne remontes pas tes notes, je te punis. »
« Tu n’auras plus de téléphone. »
Souvent, ces menaces sont :
- soit appliquées de manière incohérente,
- soit impossibles à tenir sur la durée.
L’enfant apprend alors à tester les limites… et le jeu d’escalade commence.
3. La morale
Discours répétés sur :
- l’importance de l’école,
- l’avenir,
- « dans la vie, il faut travailler », etc.
À force, le message se dilue.
La relation se transforme en flux continu de reproches.
4. Faire à la place de l’enfant
- Faire le plan de l’exposé
- Rédiger une partie du devoir
- Faire les recherches à sa place
L’intention : l’aider à ne pas être en échec.
Le message implicite : « Tu n’en es pas capable seul(e). »
5. La comparaison
« Pourquoi tu n’es pas comme ton frère ? »
« Regarde ta cousine, elle y arrive bien, elle. »
Là encore, l’intention se veut motivante.
Mais le message reçu est : « Je ne serai jamais à la hauteur. »
6. Ne parler que de l’école
Petit à petit, toutes les conversations tournent autour de :
- devoirs,
- notes,
- bulletins,
- moyennes.
La pression scolaire envahit la relation, au détriment des autres sujets de lien.
Comment la pression scolaire crée un cercle vicieux
Toutes ces tentatives de solution forment une boucle :
- L’enfant ne travaille pas (ou « pas assez », du point de vue des parents).
- Le parent s’inquiète et augmente la pression scolaire.
- L’enfant se braque, s’oppose ou se sent incompétent.
- Il travaille encore moins, par opposition ou découragement.
- Le parent redouble d’efforts, contrôle davantage, punit plus.
- La boucle recommence, tout le monde s’épuise.
En voulant aider, les parents finissent par aggraver ce qu’ils redoutent : la démotivation, le décrochage, la relation abîmée.
Cas n°2 – Pression scolaire et comparaison : l’histoire de Martin
Martin est au collège.
Ses résultats ? 12–13 de moyenne.
Son grand frère, lui, a 17–18 « sans effort ».
La logique parentale
Les parents partent d’une bonne intention :
- Ils pensent que Martin a les mêmes capacités que son frère.
- Ils se disent que la comparaison va le stimuler.
Ils lui répètent donc :
- « Pourquoi tu n’es pas comme ton frère ? »
- « Lui, on n’a pas besoin de lui dire de travailler. »
- « Tu pourrais faire mieux si tu t’appliquais. »
L’effet sur Martin
Plus on lui renvoie cette image, plus Martin se dit :
« De toute façon, quoi que je fasse, ce ne sera jamais assez.
Je ne serai jamais comme lui. »
Il finit par lâcher, non par flemme, mais par découragement profond.
La pression scolaire, ici, ne produit pas de motivation.
Elle produit un sentiment d’échec permanent.
Ce qui a changé la donne
Le travail avec les parents s’est articulé autour de 3 axes :
- Arrêter la comparaison
Chaque enfant a :- son rythme,
- ses talents,
- ses difficultés.
- Ajuster les attentes
Ne plus viser le 17–18 comme le frère,
mais reconnaître qu’un 13–14 peut déjà être un beau progrès. - Parler d’autre chose que de l’école
Réintroduire du plaisir, des conversations hors scolarité, de la complicité.
Progressivement, Martin s’est remis à travailler.
Pas parce qu’on le poussait… mais parce qu’il retrouvait confiance en ses capacités.
Cas n°3 – Pression scolaire, échec et choix douloureux : la mère solo et sa fille

Dernier cas : une maman qui élève seule sa fille de 17 ans, en première.
Une relation fusionnelle en train de se fissurer
- Relation très proche, presque fusionnelle, depuis des années.
- La fille est en réelles difficultés scolaires : organisation, compréhension, résultats en baisse.
- Depuis 2–3 ans : conflits permanents autour de l’école.
La maman met tout en place :
- contrôle des devoirs,
- cahiers vérifiés,
- professeurs particuliers,
- punitions (téléphone, sorties, argent de poche),
- système de récompenses.
La réalité est douloureuse :
- les résultats ne remontent pas,
- la relation se dégrade fortement.
Le dilemme au cœur de la pression scolaire
Elle a bien conscience que tout ce qui est conflictuel tourne autour de l’école.
Une partie d’elle sait que pour apaiser la relation, il faudrait retirer l’école du centre des échanges.
Mais lâcher cela lui semble impossible :
« Si je lâche, elle va rater.
Je n’aurai pas tout fait.
Je serai responsable de ses échecs. »
Pour elle, les risques à lâcher paraissent énormes.
La pression scolaire est devenue son dernier rempart contre l’angoisse.
Une question décisive
Je lui propose de regarder les choses autrement :
« Vous pouvez continuer comme aujourd’hui jusqu’au bac :
contrôler, punir, insister, vous battre.Vous ferez alors votre “job de maman” tel que vous le concevez.
Mais ne vous attendez pas à ce que la relation soit bonne.
Elle sera très abîmée, au moins pendant un temps.Vous pouvez aussi faire un autre choix :
accepter de lâcher sur les résultats scolaires,
accepter une autre trajectoire d’études,
pour préserver la relation.Que pouvez-vous assumer le mieux, en conscience ? »
L’enjeu, ici, n’est pas de lui dire quoi faire.
L’enjeu est de lui permettre de choisir son combat, plutôt que de subir.
Le choix de la maman
Elle finit par choisir de lâcher progressivement :
- moins de contrôle des devoirs,
- fin des punitions systématiques,
- retour à des moments de qualité : boutiques, ciné, restos…
- le tout sans parler de l’école.
Sa fille poursuit sa scolarité, mais autrement :
- elle choisit une filière professionnelle courte,
- elle s’y épanouit,
- la relation mère-fille est préservée.
Ce choix n’est pas le seul possible.
D’autres parents choisissent de garder la pression jusqu’au bac, en assumant un temps relationnel compliqué.
La clé, c’est qu’il s’agisse d’un choix assumé, pas d’une fuite.
Comment sortir du cercle vicieux de la pression scolaire ?
1. Se poser une question paradoxale
Une question que je propose souvent aux parents :
« Si je voulais aggraver la situation, qu’est-ce que je continuerais à faire exactement comme aujourd’hui ? »
Les réponses sont souvent très éclairantes :
- parler de l’école tout le temps,
- vérifier Pronote tous les jours,
- faire les devoirs à la place de l’enfant,
- punir sans appliquer réellement les conséquences,
- comparer aux frères et sœurs,
- exiger toujours plus.
L’idée n’est pas de culpabiliser, mais de mettre en lumière ce qui bloque.
2. Arrêter ce qui ne fonctionne pas
Si, malgré tous vos efforts, la situation :
- ne s’améliore pas,
- ou s’aggrave,
alors répéter la même chose encore plus fort n’aidera pas.
Le premier pas consiste souvent à cesser les tentatives de solution inefficaces.
3. Travailler sur vos peurs
Tant que la peur de l’échec de votre enfant est intouchable, la pression scolaire reviendra toujours.
Une technique utilisée en thérapie stratégique consiste à :
- consacrer un temps limité (par exemple 30 minutes par jour)
- à imaginer, volontairement, le pire scénario
- et à dérouler ce film jusqu’au bout.
Souvent, les parents découvrent que :
- le scénario catastrophe est peu réaliste,
- leurs comportements actuels augmentent la probabilité de ce scénario,
- le risque à continuer comme avant devient plus grand que le risque d’essayer autre chose.
La métaphore de l’arbitre : poser un cadre sans jouer le match
Sur un terrain de football :
- l’arbitre pose les règles,
- l’arbitre applique les conséquences (cartons, sanctions).
Mais :
- il ne marque jamais à la place des joueurs,
- il n’a jamais le ballon.
Pour la scolarité, c’est la même chose :
- le parent pose un cadre clair,
- avec des conséquences tenables (qu’il se sent capable d’appliquer),
- mais il laisse l’enfant « jouer son match ».
Exemple :
« Tant que ta moyenne reste au-dessus de X, je ne contrôle pas.
En dessous, on revoit ensemble le cadre. »
L’idée n’est pas d’abandonner l’enfant à lui-même, mais de responsabiliser plutôt que de sur-contrôler.
Le double message de l’aide : « Je t’aime » / « Tu es incapable »

Chaque fois qu’un parent fait à la place de son enfant quelque chose qu’il pourrait faire lui-même, il envoie deux messages :
- Message explicite : « Je t’aime, je veux t’aider. »
- Message implicite : « Tu n’y arriveras pas sans moi. Tu es incapable. »
À long terme, ce deuxième message est dévastateur pour :
- la confiance en soi,
- le sentiment de compétence,
- l’autonomie.
Ne pas réduire la relation à la pression scolaire
Un indicateur important :
Si, en faisant le bilan de vos journées, vous réalisez que 80 % de vos échanges portent sur l’école,
alors il est probable que la pression scolaire ait pris trop de place.
Recréer du lien passe par :
- des sujets de conversation qui ne concernent pas les notes,
- des moments partagés qui n’ont rien à voir avec la scolarité,
- la possibilité, pour l’enfant, d’exister autrement qu’à travers ses résultats.
L’histoire qui relativise la pression scolaire
Je termine souvent cet accompagnement par une histoire que je raconte aussi dans l’épisode du podcast.
Une mère rentre dans la chambre de sa fille.
La chambre est vide.
Sur le lit, une lettre.
En l’ouvrant, elle imagine le pire.
Elle lit :
« Maman chérie,
je suis désolée… »
La lettre raconte une fugue, une grossesse, une vie chaotique avec un homme plus âgé, des drogues…
Le cauchemar de cette mère se déroule sous ses yeux.
Puis la lettre se termine ainsi :
PS : Je te raconte des idioties, maman.
Je suis chez les voisins.
Je voulais juste te dire qu’il y a des choses bien pires dans la vie que le bulletin scolaire que tu trouveras sur la table de nuit.
Je t’aime. Ta fille.
Cette histoire ne nie pas l’importance de l’école.
Elle remet simplement le bulletin scolaire à sa juste place.
En conclusion : la pression scolaire n’est pas une fatalité
Le problème n’est ni vous, ni votre enfant.
Le problème, c’est souvent la boucle interactionnelle qui s’est installée autour de la pression scolaire.
Les signaux d’alerte :
- vous appréhendez les moments de devoirs,
- vous vous sentez épuisé(e) par les conflits liés à l’école,
- la relation se réduit à « travail – notes – résultats »,
- plus vous mettez la pression, moins ça fonctionne,
- tout le monde souffre.
Les questions à vous poser :
- De quoi ai-je vraiment peur pour mon enfant ?
- Est-ce que mes réactions rapprochent ou éloignent le scénario que je redoute ?
- Est-ce que je suis en train de jouer le match à sa place ?
- Quel message implicite j’envoie par mes actions ?
- Que devrais-je continuer à faire si je voulais aggraver la situation ?
La bonne nouvelle, c’est qu’un cercle vicieux peut se transformer.
Il ne s’agit pas de devenir le parent « parfait », mais de dénouer le nœud plutôt que de tirer sur la corde.
Si vous sentez que la pression scolaire a pris le contrôle de votre vie familiale, un accompagnement systémique et stratégique peut vous aider à :
- identifier la boucle dans laquelle vous êtes coincé(e),
- arrêter ce qui ne fonctionne pas,
- expérimenter d’autres façons de faire, concrètes et adaptées à votre famille.
Parce qu’au fond, au-delà des notes, ce qui compte le plus, c’est la qualité du lien que vous entretenez avec votre enfant.
Et ça, aucun bulletin scolaire ne devrait le détruire.
Pour aller plus loin sur la pression scolaire
- Santé mentale et bien-être des élèves
- Santé publique France – Rapport sur la santé mentale des collégiens et lycéens
- Pression scolaire et tensions familiales
Contactez-moi
Si vous êtes en Île de France et que vous avez besoin d’aide pour améliorer la relation avec votre enfant, contactez-moi. Mon cabinet est accessible et je suis prête à vous offrir le soutien dont vous avez besoin pour retrouver votre bien-être psychique.
Vous pouvez me joindre facilement pour discuter de vos besoins et planifier une première consultation.
