Après un adultère, certains couples qui décident de rester ensemble trouvent naturellement leur chemin. Ils en parlent, ils comprennent, ils avancent. Mais pour d’autres, les réactions mises en place pour surmonter l’épreuve finissent par maintenir la souffrance au lieu de l’apaiser. C’est ce qu’on appelle, en thérapie systémique et stratégique, des tentatives de solution dysfonctionnelles : des réactions logiques qui, dans un contexte donné, deviennent le problème. Dans ce nouvel épisode du podcast Le Problème à l’Envers, je retrouve Julie Chérouvrier, thérapeute systémique et formatrice à l’Institut Gregory Bateson, pour décrypter 4 de ces pièges que nous observons quand la souffrance persiste dans le couple après l’adultère — et comment en sortir.
???? Cet article est le résumé de l’épisode 7 du podcast. Il fait suite à notre premier épisode sur la trahison dans le couple, qui explorait les mécanismes de contrôle post-infidélité.
Ce qui se passe après l’adultère couple : le paradoxe de la bonne volonté
Quand un couple traverse un adultère, beaucoup arrivent à surmonter l’épreuve par eux-mêmes. Parler, chercher à comprendre, se rassurer mutuellement — tout cela fonctionne dans de nombreuses situations. Cependant, pour certains couples, ces mêmes réactions, quand elles se répètent sans apporter de soulagement, finissent par entretenir le problème. Ce sont ces situations-là que Julie et moi recevons en cabinet.
Le point commun ? Ces personnes veulent toutes que les choses aillent mieux. Autrement dit, la volonté est bien là. Pourtant, ce qu’elles font — avec les meilleures intentions — ne produit pas le résultat espéré. En approche de Palo Alto, on parle de « toujours plus de la même chose » : une logique de résolution qui, dans leur contexte particulier, entretient la souffrance au lieu de la résoudre.
Concrètement, voici 4 mécanismes que nous observons quand c’est le cas après une trahison dans le couple.
Piège n°1 : Chercher à comprendre pour tourner la page
Le mécanisme qui s’installe
Après un adultère, la personne trahie ressent naturellement le besoin de comprendre. « Pourquoi il a fait ça ? », « Comment il a pu me faire ça alors qu’il dit m’aimer ? », « Quand est-ce que ça a commencé exactement ? ». Ces questions sont légitimes. D’ailleurs, en parler est souvent nécessaire et aidant dans les premières semaines — voire les premiers mois. Pour beaucoup de couples, cette étape suffit à avancer.
Néanmoins, le problème apparaît quand cette quête de compréhension, au lieu d’apaiser, devient envahissante et tourne en boucle. Julie décrit le cas d’une patiente qui, plusieurs mois après avoir dit « je pardonne, passons à autre chose », continuait de poser chaque soir les mêmes questions à son mari. De plus, elle en parlait aussi longuement avec ses amis. Le dossier n’était jamais clos.
Pourquoi ça aggrave la situation
En réalité, cette patiente cherchait deux choses : comprendre pour fermer le dossier, et comprendre pour empêcher que ça se reproduise. Dans certains cas, ces démarches portent leurs fruits. Mais dans sa situation, les réponses n’apportaient jamais la satisfaction espérée. En effet, les raisons d’une infidélité sont parfois trop complexes pour se résumer à une explication simple. Par conséquent, plus elle creusait, plus elle ruminait — et plus elle ramenait l’autre femme dans son quotidien.
Le recadrage de Julie a été décisif : « En posant chaque soir ces questions à votre mari, vous invitez cette femme dans votre lit conjugal. » Cette image a permis à la patiente de réaliser que sa tentative de solution — comprendre — donnait encore du pouvoir à la relation extra-conjugale.
Comment en sortir
Le 180 degrés, dans ce cas, c’est d’accepter de ne pas tout comprendre. C’est douloureux, certes. Mais c’est aussi se poser la vraie question : « Si je ne comprends jamais complètement, est-ce que je peux quand même continuer à vivre avec cette personne ? » Parfois, la réponse est oui — et c’est ce choix conscient qui libère. En revanche, parfois la réponse est non, et c’est aussi une information précieuse.
Piège n°2 : Faire payer l’autre — la dette qui ne s’éteint jamais
Le mécanisme qui s’installe
Certaines personnes disent avoir pardonné après un adultère dans le couple. Toutefois, il arrive que leur comportement raconte une autre histoire. Julie décrit des situations où s’installent des changements d’attitude subtils mais constants : des petites remarques acides, un café qu’on ne prépare plus le matin, une froideur dans les gestes du quotidien.
En d’autres termes, la personne trahie « fait payer » — pas toujours consciemment. Il y a une dette invisible, et chaque jour, elle prélève un petit quelque chose pour rééquilibrer la balance.
Pourquoi ça aggrave la situation
Progressivement, le conjoint qui a trahi finit par dire : « J’ai l’impression que toute notre vie se résume maintenant à cette trahison. » En effet, chaque faux pas, même anodin, déclenche un « oui, mais toi tu m’as trahi ». Ainsi, le couple ne vit plus dans le présent. Il est prisonnier d’un passé qui contamine chaque interaction.
Résultat : les deux souffrent. La personne trahie ne trouve pas d’apaisement dans la punition. Le partenaire se sent enfermé dans un procès permanent. Par conséquent, le couple s’éloigne un peu plus chaque jour.
Comment en sortir
La question centrale devient : « À partir de quand la dette est-elle remboursée ? » Si la réponse est « jamais », alors il faut avoir le courage de se demander si le couple peut continuer. Cependant, si la réponse est « je ne sais pas », c’est déjà le début d’un travail thérapeutique. En thérapie brève, on aide la personne à poser cette dette — non pas à l’oublier, mais à décider ce qu’elle en fait.
Piège n°3 : Exiger que l’autre regagne la confiance
Le mécanisme qui s’installe
Après une trahison dans le couple, il est naturel de penser que c’est à l’autre de « regagner » la confiance. Cela semble logique : c’est lui qui a trahi, donc c’est à lui de prouver qu’il est fiable. Demander à être rassuré est d’ailleurs légitime — et pour certains couples, cette démarche fonctionne. Le problème apparaît quand aucune preuve n’est jamais suffisante, et que les demandes se répètent sans fin : « Dis-moi que tu ne recommenceras plus jamais », « Envoie-moi un SMS quand tu arrives », « Montre-moi ton téléphone ».
De surcroît, Julie note que cette exigence peut prendre des formes plus insidieuses : une période d’essai implicite, un contrôle permanent déguisé en besoin de réassurance.
Pourquoi ça aggrave la situation
La confiance ne se prouve pas de l’extérieur. En réalité, personne ne peut signer un document garantissant « tu peux me faire confiance pour toujours ». Par conséquent, plus la personne trahie attend des preuves, moins elle se sent rassurée. L’autre peut rassurer dix fois, vingt fois — ce ne sera jamais suffisant.
Pire encore : à force de tout surveiller, on perd sa propre capacité d’observation. Autrement dit, quand on est constamment le nez sur les choses, on ne voit plus les vrais signaux. On ne distingue plus un changement de comportement réel d’une simple variation quotidienne.
Comment en sortir
Le 180 degrés ? Accepter que la confiance se décide, et qu’elle ne se réclame pas à l’autre. Cela ne veut pas dire faire confiance aveuglément. Au contraire, cela signifie se faire confiance à soi-même : faire confiance à sa propre capacité d’observation, de réaction et de décision si les choses devaient mal tourner à nouveau. Comme le dit Julie : « Observez plutôt que d’attendre que l’autre vous dise. »
C’est un travail que j’accompagne régulièrement en consultation à mon cabinet de Clamart ou en visio, parce que ce basculement demande du temps et un cadre sécurisé.
Piège n°4 : Se forcer à pardonner
Le mécanisme qui s’installe
Le quatrième piège est peut-être le plus insidieux. Après un adultère, certaines personnes arrivent à pardonner naturellement, et ce pardon les libère. Mais pour d’autres, « je dois pardonner » devient une injonction, presque un devoir. Malheureusement, dans ce cas, plus elles essaient de pardonner, moins elles y arrivent. La culpabilité de ne pas réussir à pardonner s’ajoute alors à la douleur initiale.
Pourquoi ça aggrave la situation
En se forçant à pardonner, on crée une double souffrance. D’un côté, la blessure de la trahison est toujours là. De l’autre, un sentiment d’échec apparaît : « Je devrais pouvoir pardonner, et je n’y arrive pas. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » Par conséquent, la personne s’épuise dans un combat intérieur contre elle-même.
Julie le dit clairement : forcer le pardon revient à ajouter un problème au problème. En effet, tant que le pardon reste une obligation, il devient inaccessible.
Comment en sortir
L’exploration thérapeutique, dans ce cas, consiste à ouvrir une question qui peut sembler provocante : « Et si vous ne pardonniez jamais — est-ce que ce serait possible de continuer votre couple malgré tout ? » Cette question ne vise pas à encourager la rancune. Au contraire, elle permet de desserrer l’étau. Certaines personnes réalisent alors qu’elles peuvent avancer sans le mot « pardon » — en acceptant, tout simplement, que les choses se sont passées et en décidant de ce qu’elles font avec.
Il n’y a pas de bonne vitesse pour guérir après l’adultère couple
Un point essentiel que Julie souligne dans cet épisode : le temps. Certains couples viennent consulter deux jours après la découverte. D’autres arrivent sept ou huit ans plus tard. Il n’y a pas de bon timing.
Néanmoins, il y a une erreur fréquente : se mettre dans l’urgence de décider. « On doit savoir si on reste ensemble ou si on se sépare. » Cette injonction à décider immédiatement peut elle-même devenir une tentative de solution dysfonctionnelle. Parfois, le premier acte thérapeutique consiste simplement à redonner du temps. Accepter de ne pas savoir encore. C’est souvent contre-intuitif, mais c’est ce qui permet de retrouver la clarté.
En d’autres termes, face à un tsunami émotionnel, vouloir tout résoudre tout de suite revient à construire une maison pendant la tempête. Il vaut mieux d’abord laisser passer la vague.
Le kintsugi : une métaphore pour le couple après l’adultère couple
Julie conclut l’épisode avec l’image du kintsugi, cet art japonais qui consiste à réparer un vase brisé avec de la laque dorée. Le résultat est différent de l’original — mais il est beau, précisément parce qu’il intègre les fissures au lieu de les cacher.
C’est une métaphore puissante pour le couple après un adultère. Le couple ne sera plus celui d’avant. En revanche, il peut devenir autre chose, à condition d’arrêter d’essayer de revenir à « avant ». L’enjeu n’est pas de retrouver le vase intact. Il est de décider, ensemble ou séparément, ce qu’on fait avec les morceaux.
Récapitulatif : les 4 pièges après l’adultère et leur 180 degrés
| Piège (tentative de solution) | Le 180 degrés |
|---|---|
| Chercher à tout comprendre | Accepter de ne pas comprendre — et se demander si c’est vivable malgré tout |
| Faire payer par des remarques et changements d’attitude | Poser la question de la dette : quand est-elle remboursée ? |
| Exiger de l’autre qu’il regagne la confiance | Décider soi-même de faire confiance — et se faire confiance à soi |
| Se forcer à pardonner | Explorer la possibilité de continuer sans pardonner formellement |
Quand consulter un thérapeute après un adultère couple ?
Tous les couples ne nécessitent pas un accompagnement thérapeutique après une infidélité. Beaucoup trouvent naturellement leur chemin — en parlant, en se donnant du temps, en posant de nouvelles bases. Ces réactions fonctionnent, et c’est tant mieux. Toutefois, voici les signes qui indiquent que quelque chose tourne en boucle et qu’il est peut-être temps de consulter :
Vous tournez en rond depuis des semaines ou des mois autour des mêmes sujets. Vous sentez que vos réactions logiques (comprendre, contrôler, faire payer) n’apportent aucun soulagement. Le sujet de la trahison a pris toute la place dans votre quotidien. Vous êtes dans l’urgence de décider sans réussir à le faire. Enfin, la souffrance de l’un ou des deux partenaires ne diminue pas avec le temps.
En thérapie systémique et stratégique, l’objectif n’est pas de juger ni de dire qui a raison. Il s’agit d’identifier les boucles interactionnelles qui maintiennent le problème — et de vous aider à faire quelque chose de différent. C’est ce que j’accompagne au quotidien dans mon cabinet à Clamart, ou en visio pour ceux qui ne sont pas en Île-de-France.
Pour aller plus loin
???? Écouter l’épisode complet : [Lien vers l’épisode 7 sur Ausha/Spotify/Apple Podcasts]
???? Lire l’article précédent : Trahison dans le couple : pourquoi le contrôle détruit votre relation (épisode 6)
???? Prendre rendez-vous : sarahbb-therapeute.fr/contact
???? Une question ? sarahbb.therapie@gmail.com
Et souvenez-vous : on ne tire pas sur la corde, on apprend à dénouer le nœud.
